C’est un conte extraordinaire et lascif qui nous est livré, la caméra maniée comme une plume délicate. Wes Anderson choisit ses plans aussi soigneusement qu’un écrivain le ferait avec les mots.
Deux préadolescents, Sam et Suzy, considérés comme « perturbés » par leur entourage, décident de se retrouver au milieu de l’île où ils habitent, fuyant avec une innocence toute enfantine sa famille pour l’une, un camp de scout où il n’est guère populaire pour l’autre. Comblant la solitude qui fait leur quotidien en s’unissant, ils se lancent alors dans une randonnée qui les mènera à une crique.
En jouant sur le début des émois adolescents le film aurait pu tomber dans la niaiserie. Mais non, même au bout du deuxième visionnage le film reste relativement captivant. Et il a bénéficié pour cela de deux points forts.
Le premier est une esthétique fignolée jusqu’au bout : plans centrés, géométriques, couleurs chaudes et une lumière incroyable sans tomber dans le cliché des années 60, le coté « rétro » est présent sans être alourdi.
Le film a été tourné sur l’île Prudence au États-Unis, offrant un cadre inexploré et sauvage. Mais il faut aussi saluer le jeu des 2 jeunes acteurs, qui ne font jamais un pas de trop et restent presque prudes. Voilà le second point fort du film : le flegme et le sérieux avec lequel ces préadolescents abordent cette aventure tandis que les adultes eux, ne cessent de remuer ciel et terre pour tout faire rentrer dans l’ordre et ramener les deux jeunes fugueurs à la raison.
Voilà le petit clin d’oeil ironique de Wes Anderson, donner un rôle d’enfant capricieux à des grands tandis que les jeunes tendent de garder avec le plus grand sérieux leurs convictions face aux adultes.
Bref, il n’en faut pas plus pour donner cette pureté intouchable et incroyablement dramatique à ces enfants qui s’aiment à s’en marier devant un scout/prêtre peu scrupuleux.
Un casting qui réunit des stars hollywoodiennes comme Bill Murray, Bruce Willis, Tilda Swinton ou encore Jason Schwazman, donnant non seulement une crédibilité mais aussi un tremplin à ces deux jeunes enfants, Jared Gilman et Kaya Hayward.
Si le film ne remportera pas la palme, il aura sans aucun doute apporté de la douceur au cinéma, sans s’embourber dans la niaiserie ou l’ennui.
